Déclaration de Patrick Braouezec

Les communiqués de presse de Plaine Commune

Contact presse : Emmanuelle OTT : 01 55 93 48 77

 

 

Déclaration du président

Publié le

Le 30 juin 2020

Le second tour des élections municipales a eu lieu. Les électeurs – malheureusement trop peu nombreux - ont fait leur choix. Les résultats ne sont pas ceux que j’espérais, ni pour la Ville de Saint-Denis, ni pour le territoire de Plaine Commune et ils viennent naturellement interroger notre bilan d’élus locaux en responsabilité. 

Comment qualifier ce tournant ? Ce n’est pas une « perte », car la ville de Saint-Denis n’appartient qu’à ses seuls habitants, mais c’est une défaite. Pour ma part, durant ces 37 années, mon engagement en politique, comme maire de Saint-Denis, puis comme député et président de Plaine Commune, a toujours été animé par une même volonté : permettre à tous les habitants de ce territoire de rester y vivre s’ils le souhaitaient, tout en améliorant leurs conditions de vie. 
En tant que maire de Saint-Denis, j’ai œuvré pour faire vivre la dignité des Dionysiennes et Dionysiens et la fierté de faire ville ensemble, celle d’être dans un lieu qui compte. Saint-Denis ne se conquiert pas. Elle se cultive, à partir de son histoire, des cultures qui s’y mêlent, de la richesse, de la générosité et de la force de tous ses habitants. Ceux qui la gouverneraient sans prendre appui sur ces identités profondes, ceux qui, s’estimant vainqueurs, feraient le choix de la fondre dans la métropolisation, feraient fausse route.  
Plaine Commune, dans sa proximité avec Paris, attise de nombreux intérêts et le mouvement s’accélère. Et c’est bien là le risque principal qui nous guette. Ce n’est pas un hasard si ce sont les villes de Saint-Ouen, Saint-Denis, Aubervilliers, qui basculent : les tensions y sont naturellement plus fortes qu’ailleurs. 
C’est pour tenter d’y résister que nous avons, il y a vingt ans créé cette intercommunalité alors inédite en Ile de France, que j’ai présidée avec bonheur durant 16 années. Nous avons, avec les maires des neuf villes qui la composent, fait le choix d’unir les forces de nos communes, pour nous entraider, retrouver de la capacité d’agir et ainsi mieux développer le territoire. Je tiens à les remercier, ainsi que l’ensemble des élus communautaires avec lesquels j’ai eu le plaisir de codiriger Plaine Commune depuis 2004.
Plaine Commune est devenue un outil partagé au service des attentes et des ambitions des communes et de leurs habitants. L’esprit qui nous a animés a été celui d’une coopérative de villes. Ce concept, appliqué à une intercommunalité, est né ici. Il est aujourd’hui repris et partagé par de nombreuses expériences intercommunales en région parisienne comme en province. La coopérative de villes interdit toute domination de la ville la plus importante. Elle favorise l’apport de chacun au profit du commun, et l’émergence du commun au profit du projet de chacun. 

Avons-nous eu raison ? Je le crois. Ce territoire a d’abord subi le délaissement des acteurs de la désindustrialisation, puis souffert des politiques d’austérité, de la réduction des moyens pour les services publics. Il a fallu relever la tête, agir pour se faire entendre, rendre visibles nos urgences. Ce faisant, nous avons fait le pari de concilier d’un côté, développement économique et transformations urbaines, de l’autre, maintien d’un territoire populaire en proche banlieue. En trente ans, ce territoire a été profondément transformé, réparé, loti en transports, en nouveaux équipements. Ces transformations ont, je le sais, donné de l’espoir et des perspectives aux habitants. 

Aujourd’hui, de nouvelles tensions apparaissent. L’urbain devient de plus en plus source de profit et de rentabilité. Alors certains craignent que l’embellissement de la ville, l’amélioration des conditions de vie, les nouveaux équipements et transports ne soient pas pour eux et qu’ils soient, comme d’autres avant eux, chassés et repoussés toujours plus loin. 

La volonté qui a conduit mon engagement politique a toujours été de défendre une métropole où les territoires populaires sont respectés, de refuser qu’ils deviennent les invisibles des logiques métropolitaines, les perdants du « Grand Paris ». L’enjeu est de construire une métropole solidaire et polycentrique à même de développer un « bien vivre» pour tous.  Les communes et leur intercommunalité doivent être la cheville ouvrière de cette construction. 

Beaucoup reste à faire. Aujourd’hui les conditions politiques changent. Quatre des neuf villes de Plaine Commune changent de majorité politique. On ne peut pas, bien sûr, s’extraire du contexte national. Et l’éviction de certains n’aura pas suffi à faire croire au renouvellement du personnel politique. Il faudra prendre le temps de faire ce bilan-là. Je pense néanmoins qu’avec l’expérience de Plaine Commune, l’idée d’une métropole polycentrique est de plus en plus partagée, au-delà des appartenances politiques. Mais localement, la vision, les projets, portés par les maires sortants n’ont pas réussi à convaincre suffisamment d’électeurs, soit de se déplacer (62,4% d’abstention), soit de voter pour elles et eux. Les grands projets, tels que les Jeux Olympiques et Paralympiques, suscitent-ils encore l’enthousiasme ? Avons-nous su faire partager le nôtre ? Ou avons-nous laissé suffisamment de place pour le faire nôtre, collectivement ? Avons-nous pris la mesure des doutes face au « progrès », à la « modernité », au « développement» ? Avons-nous entendu les aspirations des habitants pour une ville plus apaisée ? Avons-nous suffisamment pris soin de la ville ? N’avons-nous pas trop tardé à passer de « l’aménagement du territoire » à son « ménagement»? 

Au-delà de ces interrogations, je tire deux enseignements de ce scrutin :
Le premier est de prendre le temps d’écouter : on ne peut défendre la pérennité de la commune, ce lieu de proximité, lieu par essence de la démocratie, si ce n’est pour entendre la voix de celles et ceux qui l’habitent, la vivent, y travaillent, s’y cultivent. Le personnel politique doit faire toute la place nécessaire aux citoyens pour partager la politique. Il faut un profond renouvellement de la démocratie locale dans lequel les citoyens participent au processus décisionnel. Et je suis convaincu qu’il faut repenser l’approche du pouvoir local, comme lieu de définition et d’expression de l’en commun, revenant ainsi à l’essence du mot « commune ». 

Le second est qu’il faut cesser de vouloir diviser. Notre société apparaît de plus en plus archipelisée. Il faut travailler à l’inclusion, à unifier et à rassembler et faire émerger le commun de la condition humaine à partir de ses identités multiples et non exclusives. Il faut pour cela un profond renouvellement des cadres de pensée politiques.   

En ce qui me concerne, si cette fonction d’élu local se termine dans les prochains jours, je reste un partisan actif d’un renouveau démocratique, car plus que jamais, la voix des habitants des banlieues populaires doit être entendue.